11 Fév Anna et Giulio Castelli – la maison Kartell
SAGAS DE MAISONS
KARTELL
De toutes les matières, c’est le plastique que je préfère ! L’incroyable aventure d’un couple qui a introduit le plastique dans nos intérieurs.

Kartell, c’est une famille, une matière et des designers. Cette famille, c’est d’abord une femme et un homme. Unis en 1943 par le mariage, ils le seront encore davantage par la passion du design et de la modernité. La matière, c’est le plastique. Quant aux designers, nous le verrons, ils sont une pléiade. Tant ceux du début qui ont commencé l’aventure et testé la matière plastique dans tous ses usages possibles que ceux qui ont fait de Kartell l’entreprise qu’elle est aujourd’hui, à commencer par Philippe Starck.
Un couple porté vers l’avenir
La femme c’est Anna Ferrieri, l’une des premières femmes diplômées en architecture de l’école polytechnique de Milan, en 1943. Plutôt littéraire, elle évolue, grâce à son père journaliste, dans un milieu d’écrivains où l’on tient salon avec James Joyce, Thomas Mann et Luigi Pirandello. Du beau monde !

Lui, Giulio Castelli est ingénieur chimiste. A peine son diplôme en poche, il veut explorer les potentialités du plastique avec l’idée de l’introduire dans l’habitat puis dans la maison. Il faut dire qu’il s’est admirablement bien formé auprès du scientifique Giulio Natta, qui obtiendra en 1963 le prix Nobel de chimie pour ses travaux sur les polymères. C’est dans l’air du temps. L’Europe se reconstruit. Le plastique pourrait bien être cette nouvelle matière qui révolutionnerait les objets qui nous entourent.

En 1949, ils fondent Kartell. C’est Anna, qui imagine le nom et dessine le logo de la marque. Le premier objet fabriqué en 1949 par le jeune chef d’entreprise n’est pas un meuble, mais un porte-ski composé d’un jeu de sangles élastiques. Ce système sera par la suite breveté par la firme Pirelli. Puis viendront les fameux objets et ustensiles ménagers (seau, bassine, égouttoir…). Dès 1958, les Castelli lancent le laboratoire-maison, Labware. On y teste la nouvelle matière sous toutes les coutures.


Quand les recherches des Castelli portent leur premier fruit
De ces recherches vont naître en 1964 une première chaise, la 4999 de Marco Zanuso et Richard Sapper. Destinée aux enfants, c’est surtout la première chaise au monde en plastique et qui vaudra à la marque son premier Compasso d’Oro. En 1967, la chaise Universale 4867 du designer Joe Colombo, voit le jour. C’est le tout premier modèle dans le monde à être moulé par injection.
Puis, ce sera une série de chaises empilables créées par Mme Castelli elle-même, qui sortira deux ans plus tard un nouveau type de mobilier : les Componibili. Ces drôles d’éléments de rangement cylindriques modulables sont aujourd’hui des icônes du design, d’immenses best-sellers que l’on trouve aux quatre coins du monde. En à peine deux décennies, les Castelli vont changer toute la vie domestique des italiens puis des Européens. Car tous ces objets en plastique sont beaux, pas trop chers et en couleurs !


Redonner ses lettres de noblesse au plastique
A la fin des années 80, la matière révolutionnaire n’est plus ce qu’elle était. Elle se morfond sous des apparences ringardes. Arrive le sauveur en 1988. C’est Claudio Luti. Ex bras droit du couturier Gianni Versace et époux de la fille du couple fondateur de Kartell, il reprend la marque et en devient le président. Il y a du pain sur la planche et une image à restaurer. Luti mise tout sur la recherche, l’innovation et va parier sur des collaborations avec des designers et des architectes de l’international : Ron Arad, Antonio Citterio, Ferruccio Laviani, Piero Lissoni, Enzo Mari, Alberto Meda, Vico Magistretti, Tokujin Yoshioka, Patricia Urquiola… Sans oublier Philippe Starck.

L’ère du plastique transparent
En 1999, Kartell met au point la première chaise au monde en polycarbonate. Du plastique entièrement transparent. Elle a été dessinée par Philippe Starck, grand défenseur du design démocratique. Ce sera la Marie. Puis, Claudio Luti et Philippe Starck pousseront plus loin la prouesse technique jusqu’à créer un fauteuil. Le Louis Ghost, un succès planétaire vendu à 1 million d’exemplaires dans le monde ! Il a fallu à la firme plus de quinze années de recherches pour mettre au point cette fameuse transparence. Et il lui faudra encore d’autres longues années de R&D pour passer du poids des 3 kilos de la chaise Marie aux 30 kilos du canapé Uncle Jack de Starck, plus grand exemple au monde de polycarbonate transparent moulé par injection.

Après la transparence, le végétal
Aujourd’hui, le plastique n’a plus bonne presse. Est-ce un coup fatal pour les héritiers Castelli ? Nullement, le gendre de Giulio Castelli souhaiterait continuer de répondre aux vœux de son beau-père en mettant au point avec les matériaux de son temps « des technologies de production visant l’économie de matière et l’efficacité du processus ». C’est chose faite en 2016, avec l’Organic Chair signée de l’architecte Antonio Citterio, en utilisant une matière végétale, innovante et durable.

L’engagement de la 3e génération
L’objectif de la famille, aux commandes avec Lorenza et Federico Luti, s’inscrit entre création, technologie et respect de l’engagement défini dans le manifeste « Kartell loves the planet ». « L’arsenal du futur », selon Claudio Luti. Et n’est-ce pas cela aussi le design : améliorer le quotidien ?

A l’aube de 80 an sess, Kartell semble bien prendre ce chemin et avoir réussi à conserver une belle longueur d’avance technologique. La firme se range résolument dans la durabilité. Les matériaux phares tels le plastique recyclé, le polypropylène, l’ABS et le PMMA sont obtenus à partir de déchets industriels purs. Le bois est issu de forêts certifiées. Les matières biologiques résultent d’un processus utilisant des déchets agricoles. Le polycarbonate 2.0 génère une transparence verte à partir de déchets de papier et de cellulose. Les céramiques et les tissus sont fabriqués avec des matériaux recyclés jusqu’aux finitions biologiques et sans solvants chimiques.
Si vous voulez voir toutes ces « merveilles », elles vous attendent aux portes de Milan, dans l’exposition permanente du musée Kartell. Une exposition de plus de 2000 mètres carrés…



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