Le Fauteuil Djinn

LA PETITE HISTOIRE D’UN OBJET


LE FAUTEUIL
DJINN

Par Mélina Gazsi

Attention, je ne veux pas parler d’un fauteuil qui serait recouvert de jean, de ce tissu en coton robuste breveté par les Américains, non, non !

Mais d’un fauteuil au nom mystérieux de DJINN. Avec deux n ! Késako ?

Eh bien, son créateur, un designer français qui, à la toute fin des années 50′, a fait ses classes à la célèbre école Boulle et à celle non moins célèbre des Arts Décoratifs de Paris, a imaginé en 1964, il y a donc soixante ans bien tassés, un fauteuil typiquement signé années 60’. C’est-à-dire ? Où tout est humour et ironie, insouciance et légèreté, créativité et gaieté, mobilité et haut en couleurs !

Aujourd’hui, Olivier Mourgue raconte qu’il dessinait alors en chantant les chansons des Beatles… Mais d’où vient donc ce nom de Djinn ?
Eh bien le nom de ce fauteuil, garni de mousse et habillé d’une housse amovible, fait sans doute référence aux génies de la tradition musulmane Allez savoir pourquoi ?  Mais sans aucun doute parce que les Djinns sont à ce point flexibles qu’ils ont le pouvoir de changer de forme…  Parce qu’ils ont aussi, dit-on, le pouvoir de se déplacer rapidement… ça, pour le fauteuil, c’est absolument vrai car pesant une dizaine de kilos, vous pouvez le déplacer facilement.
On dit encore que les Djinn ont la faculté de voler et de se rendre invisibles… Alors ça, vous vous en doutez, ce n’est du tout le cas du fauteuil d’Olivier Mourgue. Quant aux couleurs, le fauteuil du designer s’inspire du Djinn des auteurs musulmans – ils sont en effet de toutes les couleurs.

Et ça pulse ! Orange, jaune pétard et quinze autres coloris très pop art. Des couleurs en plein dans le mille de l’époque ! Un brin excentrique et des formes avec un zeste d’extraterrestre, quand même !

Le fauteuil Djinn du designer Olivier Mourgue dans la station spatiale du film de Stanley Kubrick de 1968 « 2001: A space Odyssey » – « 2001, l’Odyssée de l’espace ». Image du Los Angeles County Museum of Art du 6 juin 2O13 de Matthew J. Cotter

D’ailleurs, c’est bien son aspect futuriste qui a plu au célèbre cinéaste américain Stanley Kubrick, qui a passé une commande au designer français pour le décor du vaisseau spatial dans son film devenu culte, 2001, l’Odyssée de l’espace ! Voilà donc un designer qui était bien de son temps.

Olivier Mourgue a en effet également dessiné en 1969 la couverture du deuxième catalogue du magasin Prisunic, qui lançait déjà, comme notre webmagazine Le Dessous des Objets le fait aujourd’hui, une sorte de manifeste pour la promotion du design pour tous… Ce manifeste avait pour slogan : le beau au prix du laid ! Tout un programme !

Un coup de pub culotté
On ne sait pas si le fauteuil Djinn eut beaucoup de succès… Mais la même année une campagne de publicité a fait grimper le chiffre d’affaires de la marque, une campagne qui fut refusée par la plupart des magazines, sauf l’hebdomadaire Paris-Match. Sur une affiche on voyait 50 paires de fesses. Une manière de dire « Allez-y, cela semble fragile et léger mais asseyez-vous sans crainte, c’est du solide !»

Aujourd’hui, à moins d’en trouver un exemplaire chez un antiquaire, vous ne pourrez pas le vérifier car la firme Airborne ne fabrique plus le fauteuil Djinn !

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