01 Oct LA VALISE
LA PETITE HISTOIRE D’UN OBJET
LA VALISE
DANS TOUS SES ÉTATS
Une valise, qui n’en a pas ? Des paquetages des Romains jusqu’aux valises aujourd’hui connectées, voilà donc bien là un objet du quotidien chargé d’histoires !

AU TOUT DÉBUT…
Depuis que l’on voyage, on fait son bagage. Dans l’Empire romain les légionnaires emballaient leurs affaires dans des paquetages.
Longtemps, les voyageurs se sont contentés de les enrouler dans des besaces, des outres, des cruches en terre cuite ou les rouler dans un simple manteau voire un solide drap. Ils sanglaient le tout d’une bride de cuir, qui leur servait de poignée… Et hop, la valise était bouclée.
Depuis que l’on voyage, on fait son bagage. Dans l’Empire romain les légionnaires emballaient leurs affaires dans des paquetages.
On ne parlait pas encore de design quand les tout premiers objets fabriqués pour le voyage s’appelaient des coffres. Ceux des Phéniciens étaient en bois de cèdre imputrescible et au Moyen-Âge, le coffre était même le principal meuble, servant aussi bien de chaise que de table… Une idée reprise en 2007 par la designer Inga Sempé, qui a imaginé une valise se transformant en meuble de rangement, une fois arrivée à destination
Mais évidemment, c’est au 19e siècle, avec l’apparition de la propulsion à vapeur, que la fabrication des bagages s’est vraiment développée.
C’est alors l’âge d’or de la malle. On laissait à d’autres le soin de les placer sur le toit de la diligence ou dans la cabine du paquebot pour un périple qui allait durer plusieurs jours, souvent plusieurs mois.
Pour voir aujourd’hui quelques-unes de ces pièces magnifiques créées par les grandes marques de luxe telles que celles de Louis Vuitton, Goyard ou encore Moynat…

Ou encore de ces malles d’exceptions comme celle de l’ancien tsar de Russie Nicolas Alexandrovitch ou celle du bureau de Conan Doyle, on pouvait, il y a peu, aller au musée du bagage de la ville d’Haguenau en Alsace, qui en possédait des centaines, et les admirer comme autant de témoins de ce temps où les voyages étaient réservés à une élite… Cette collection extraordinaire concoctée par deux amoureux des bagages, Marie et Jean-Philippe Rolland, n’est plus exposée dans le musée depuis septembre 2025 et on ne sait pas si le nouveau propriétaire de ces trésors ouvrira un jour ou l’autre un nouveau lieu pour les exposer…

LA MALLE
Aujourd’hui, la malle n’a pas vraiment disparu… Même si elle est davantage un objet de luxe qu’un objet du quotidien. Mais ce n’est pas parce que la malle n’est pas à la portée de toutes les bourses que l’on ne doit pas en parler. Et pourquoi ne pas en rêver ! Ou alors dans ce cas, on ne parlerait jamais des toiles de Picasso, de Van Gogh ou de Renoir !
Regardez plutôt comme elles sont merveilleuses ces malles que l’on fabrique encore chez Goyard, la plus ancienne maroquinerie de France, créée en 1792. Et bien sûr, aussi chez Louis Vuitton , qui en produit chaque année plusieurs centaines sur commandes spéciales. Ces objets d’un autre temps continuent néanmoins de nourrir à la fois l’imagination et l’innovation, comme chez le Maître Artisan Ephtée, où l’on invente toutes sortes de malles, uniques et extraordinaires. Des malles à complications, des petites et des grandes, des valises et des vanities, des coffrets et des mallettes. « Des boîtes magiques », préfère dire Franck Tressens qui a créé en 1998 cette toute petite entreprise dont le nom est phonétiquement celui des initiales de son patronyme FT.
Une « petite » entreprise qui porte le label des Entreprises du Patrimoine Vivant (EPV), célébrant l’excellence du savoir-faire français. Ce label d’État, attribué pour cinq ans et délivré sous l’autorité du ministère de l’Économie et des Finances, s’adresse à toutes les entreprises qui détiennent un savoir-faire d’excellence alliant tradition et innovation (institut-savoirfaire.fr/epv).
Enfant déjà, Franck Tressens vouait une vraie passion pour les boîtes, et comme il n’avait pas de jouets, il en fabriquait. Sa première création : un coffret en carton avec des charnières où il cachait ses trésors… Depuis, il fait rêver avec sa malle bureau ou sa malle chambre ! Ou celle pour pique-nique chic commandée par Rolls Royce !

La plus ancienne maroquinerie de France, fondée en 1792
Vous vous souvenez du film Midnight in Paris (2011) de Woody Allen ? On y voit de nombreuses malles, des pièces historiques et contemporaines de la maison Goyard. Une maison séculaire qui continue à créer des malles comme celles du temps où l’on voyageait loin et longtemps et que l’on était… disons-le, plutôt fortuné… Bon, d’accord une malle n’est pas vraiment une valise ! Encore que … ! Mais, me direz-vous, qui donc aujourd’hui voyage encore avec une malle ? D’accord ! N’empêche ! Oui, cela ne nous empêche pas d’entrer dans le royaume des ateliers Goyard.

La maison de famille Louis Vuitton
Située à Asnières, la Maison de famille accueille à la fois un atelier et une galerie pour présenter des archives de la maison Louis Vuitton. Véritable cœur historique, la Maison d’Asnières est à l’origine un atelier choisi pour son emplacement sur les berges de la Seine au nord-ouest de Paris qui permettait une livraison efficace des matières premières nécessaires à la fabrication des malles. Aujourd’hui encore, les différents sonorités des savoir-faire rythment ce lieu de passion et d’exposition. Inspirée de la malle plate créée en 1858 par Louis Vuitton, la Malle Courrier fut brevetée en 1867. La première version en fût de peuplier recouvert de toile Gris Trianon est aussi légère qu’imperméable. Sa forme innovante, qui permet un maniement facile, est parfaitement adaptée à l’ère de la révolution des transports. Son nom évoque d’ailleurs le terme « long courrier » et les voyages associés en train ou en bateau. La Malle Courrier incarne l’essence du savoir-faire de Louis Vuitton : lozine, coins métalliques, rivets, serrure, boucles, malletage, poignées en cuir… autant de codes à observer dans les moindres détails. Quant au-devant de la malle, il est muni de deux lattes en hêtre. Rien que de l’imaginer, c’est fou comme on en a l’âme voyageuse…
APRÈS LES MALLES, LES PREMIÈRES VALISES
Quant à la malle de tout un chacun, dès les années 1940, elle disparaît peu à peu, détrônée par la valise. On voyage plus vite, plus nombreux, à charge à chacune et chacune de se débrouiller avec son bagage !
D’où l’essor de la valise, un contenant que l’on peut porter seul, glisser dans le compartiment bagages d’un train ou d’un avion ou encore placer dans le coffre d’une voiture.
Les premières sont souvent en bois, mais surtout en toile ou en carton, comme la célèbre valise en carton de la chanteuse franco-portugaise Linda de Souza.

Car pour l’émigré qui part tenter sa chance loin de chez lui, la valise est le bien le plus précieux. Aussi doit-elle être à la fois solide et légère, suffisamment souple pour s’adapter à son contenu mais suffisamment rigide pour le protéger. Les valises Celles que l’on voit dans la salle des bagages du Musée de l’immigration à Ellis Island dans la baie de New York ou au Musée de l’immigration à Paris, nous montrent, au-delà de l’histoire de ces femmes et hommes qui ont quitté leurs pays et leurs cultures, que l’histoire de la valise est aussi une question de matière !
C’est le constat que fait Isaac Shwayder, polonais émigré aux États-Unis. Il était épicier et voilà qu’il veut fabriquer des malles et des valises résistantes. Oh, pas pour les riches voyageurs ! Mais pour ceux qui rêvent de le devenir en tentant l’aventure de la ruée vers l’or. A la fin du 19e siècle, Jesse Shwayder, un de ses onze enfants, ouvre sa boutique de bagages en bois à Denver dans le Colorado avant de fonder en 1910 avec ses frères la Shwayder Trunk Manufacturing Company.
Dès les années 20’, l’entreprise familiale produit en série des valises hyper solides. Si solides qu’elles sont alors baptisées les Samson, en référence au héros biblique… Et voilà pourquoi l’entreprise prendra à partir de 1939 le nom de Samsonite.
N’empêche, c’est en 1937 que la valise prend son vrai premier coup de jeune. Et c’est à Cologne, en Allemagne. Un incendie détruit alors tout le stock de l’entreprise de bagages Rimowa, fondée en 1898 par Paul Morszeck et Heinrich Görtz, appelée à l’origine Görtz & Morszeck et devenue sous l’égide de Paul Morszeck et plus tard de son fils, Richard, la marque « RIMOWA », déposé au Reich Patent Office de Berlin.
A peine la catastrophe incendiaire surmontée, Richard Morszeck s’aperçoit que tout a brulé sauf les armatures en aluminium utilisées pour les renforts qui ont résisté aux flammes. Euréka ! De là, à imaginer une valise à partir d’aluminium de carlingue, il n’y a qu’un pas. Dès lors, alu et rainures seront la célèbre marque de fabrique de la firme allemande. Même si l’aluminium nervuré utilisé en 1937 est remplacé de nos jours par le polycarbonate.
Dans les années 1950-60, les innovations s’accélèrent et se succèdent. La première valise souple fabriquée dans une toile nylon et dotée d’une poche extérieure, voit le jour en 1956 dans l’entreprise familiale parisienne, fondée à Paris par Angèle et Alphonse Lancel en 1876. Elle s’appelle Kangourou.
LA PREMIERE VALISE EN ALUMINIUM PUIS EN NYLON
Car pour l’émigré qui part tenter sa chance loin de chez lui, la valise est le bien le plus précieux. Aussi doit-elle être à la fois solide et légère, suffisamment souple pour s’adapter à son contenu mais suffisamment rigide pour le protéger. Celles que l’on voit dans la salle des bagages du Musée de l’immigration à Ellis Island dans la baie de New York ou au Musée de l’immigration à Paris, nous montrent, au-delà de l’histoire de ces femmes et hommes qui ont quitté leurs pays et leurs cultures, que l’histoire de la valise est aussi une question de matière !
Une question de matière, oh que oui ! Et c’est le constat que fait Isaac Shwayder, polonais émigré aux États-Unis. Il était épicier et voilà qu’il veut fabriquer des malles et des valises résistantes. Oh, pas pour les riches voyageurs ! Mais pour ceux qui rêvent de le devenir en tentant l’aventure de la ruée vers l’or.
A la fin du 19e siècle, Jesse Shwayder, un de ses onze enfants, ouvre sa boutique de bagages en bois à Denver dans le Colorado avant de fonder en 1910 avec ses frères la Shwayder Trunk Manufacturing Company. Dès les années 20’, l’entreprise familiale produit en série des valises hyper solides. Si solides qu’elles sont alors baptisées les Samson, en référence au héros biblique… Et voilà pourquoi l’entreprise prendra à partir de 1939 le nom de Samsonite.
Car pour l’émigré qui part tenter sa chance loin de chez lui, la valise est le bien le plus précieux. Aussi doit-elle être à la fois solide et légère, suffisamment souple pour s’adapter à son contenu mais suffisamment rigide pour le protéger. Les valises Celles que l’on voit dans la salle des bagages du Musée de l’immigration à Ellis Island dans la baie de New York ou au Musée de l’immigration à Paris, nous montrent, au-delà de l’histoire de ces femmes et hommes qui ont quitté leurs pays et leurs cultures, que l’histoire de la valise est aussi une question de matière !
C’est le constat que fait Isaac Shwayder, polonais émigré aux États-Unis. Il était épicier et voilà qu’il veut fabriquer des malles et des valises résistantes. Oh, pas pour les riches voyageurs ! Mais pour ceux qui rêvent de le devenir en tentant l’aventure de la ruée vers l’or. A la fin du 19e siècle, Jesse Shwayder, un de ses onze enfants, ouvre sa boutique de bagages en bois à Denver dans le Colorado avant de fonder en 1910 avec ses frères la Shwayder Trunk Manufacturing Company. Dès les années 20’, l’entreprise familiale produit en série des valises hyper solides. Si solides qu’elles sont alors baptisées les Samson, en référence au héros biblique… Et voilà pourquoi l’entreprise prendra à partir de 1939 le nom de Samsonite.
N’empêche, c’est en 1937 que la valise prend son vrai premier coup de jeune. Et c’est à Cologne, en Allemagne. Un incendie détruit alors tout le stock de l’entreprise de bagages Rimowa, fondée en 1898 par Paul Morszeck et Heinrich Görtz, appelée à l’origine Görtz & Morszeck et devenue sous l’égide de Paul Morszeck et plus tard de son fils, Richard, la marque « RIMOWA », déposé au Reich Patent Office de Berlin.
A peine la catastrophe incendiaire surmontée, Richard Morszeck s’aperçoit que tout a brulé sauf les armatures en aluminium utilisées pour les renforts qui ont résisté aux flammes. Euréka ! De là, à imaginer une valise à partir d’aluminium de carlingue, il n’y a qu’un pas. Dès lors, alu et rainures seront la célèbre marque de fabrique de la firme allemande. Même si l’aluminium nervuré utilisé en 1937 est remplacé de nos jours par le polycarbonate.
Dans les années 1950-60, les innovations s’accélèrent et se succèdent. La première valise souple fabriquée dans une toile nylon et dotée d’une poche extérieure, voit le jour en 1956 dans l’entreprise familiale parisienne, fondée à Paris par Angèle et Alphonse Lancel en 1876. Elle s’appelle Kangourou.

N’empêche, c’est en 1937 que la valise prend son vrai premier coup de jeune. Et c’est à Cologne, en Allemagne. Un incendie détruit alors tout le stock de l’entreprise de bagages Rimowa, fondée en 1898 par Paul Morszeck et Heinrich Görtz, appelée à l’origine Görtz & Morszeck et devenue sous l’égide de Paul Morszeck et plus tard de son fils, Richard, la marque « Rimowa », déposé au Reich Patent Office de Berlin. A peine la catastrophe incendiaire surmontée, Richard Morszeck s’aperçoit que tout a brulé sauf les armatures en aluminium utilisées pour les renforts qui, eux, ont résisté aux flammes. Euréka ! De là, à imaginer une valise à partir d’aluminium de carlingue, il n’y a qu’un pas. Dès lors, alu et rainures seront la célèbre marque de fabrique de la firme allemand. Même si l’aluminium nervuré utilisé en 1937 est remplacé de nos jours par le polycarbonate.
Dans les années 1950-60, les innovations s’accélèrent et se succèdent. La première valise souple fabriquée dans une toile nylon et dotée d’une poche extérieure, voit le jour en 1956 dans l’entreprise familiale parisienne, fondée à Paris par Angèle et Alphonse Lancel en 1876. Elle s’appelle Kangourou.


Lancel vaut bien un flashback.
Alors, retour à la Belle époque. Dans le 10e arrondissement de Paris, au numéro 20 du Passage des Petites Écuries précisément, le couple Lancel ouvre un commerce de pipes, accessoires pour fumeurs, articles de décoration, cadeaux fabriqués par des artisans, bijoux, porcelaine, horlogerie, etc. Les femmes s’émancipent et fument ! On confectionne alors le porte-cigarette plus chic pour les dames ! Et dans la foulée, on invente toute une série d’articles de petite maroquinerie dans lesquels ces dames rangeront leur nécessaire à fumer. Les premiers sacs Lancel sont nés. Quelques années plus tard, au 17 Boulevard Poissonnière dans le quartier bouillonnant de music-halls et de théâtres, tout ce que Paris compte alors de demi-mondaines, bourgeoises, cocottes et vedettes se précipitent pour acheter le dernier nécessaire à fumer. Le succès est tel que la maison ouvre dans les années 1900 une belle dizaine de points de vente aux noms exotiques et évocateurs : Au Sphinx, Au Phénix, A l’inénarrable, A l’indomptable… On s’y arrache porte-cigarettes, pochettes, aumônières et sacs à main. Au point que le couple Lancel crée un vrai atelier de maroquinerie, et qu’Angèle a l‘idée de faire fabriquer un drôle de sac doté de tiroirs cachant de nombreuses poches secrètes. Lancel ouvre alors bientôt des boutiques en province, mais c’est Albert (le fils d’Angèle) qui transformera l’entreprise familiale en véritable maison de maroquinerie, en en prenant les rênes dès 1901. Le sac à main est alors placé au cœur de la stratégie du développement et de luxueux modèles en lézard, satin ou veau velouté sont devenus des icônes célébrées notamment par Salvador Dali, Isabelle Adjani et Brigitte Bardot.
Dès 1926, un département bagages voit le jour et l’atelier de belle maroquinerie invente la valise Aviona en 1928 puis, en 1956, la Kangourou.
Restée la propriété de la famille jusqu’en 1997, la marque qui vient de fêter en 2026 son 150e anniversaire, a été rachetée depuis par le groupe de luxe suisse Richemont.




LES PREMIÈRES GRANDES INNOVATIONS
En 1965, c’est la première valise moulée qui est commercialisée par American Tourister. La voie est donc ouverte pour les bagages rigides modernes pouvant résister aux passages en soute.
La valise moulée, c’est top ! Mais la première en polypropylène, c’est-à-dire en plastique, qui déboule en 1969 avec la Saturn de Samsonite, elle ouvre vraiment le chemin à la nouvelle génération de bagages rigides modernes qui résistent aux chocs des passages en soute.
Mais l’innovation la plus spectaculaire, c’est bien sûr la valise à roulettes. On se demande d’ailleurs bien pourquoi, 6000 ans après l’invention de la roue, personne n’y avait pensé avant ! Cela semble si évident ! Mais il fallait quand même les trouver, ces matériaux à la fois résistants et légers, ces axes mobiles mais solides, ces systèmes de jointures, de poignées fixes puis flexibles…
Qui l’a d’ailleurs inventée ? La paternité de la valise à roulettes fait toujours question et illustre bien la guerre des brevets dans laquelle les fabricants de bagages se sont alors engagés. Ce serait un certain Bernard Sadow qui en aurait eu l’idée en 1970, en apercevant dans un aéroport un employé pousser un chariot à roulettes. Il aurait tenté de créer sa porpre entreprise mais ce fut un échec ! La chaîne des magasins new-yorkais Macy’s l’aurait aussi, dit-on, commercialisée mais le brevet américain fut cassé par des concurrents. Ce que l’on sait vraiment en revanche, c’est que la première trolley voit le jour en 1972. C’est une valise équipée de deux roulettes et d’une poignée télescopique. et pour la première fois, les voyageurs peuvent transporter leur valise sans se fatiguer ! Ce que l’on sait aussi, c’est que la toute première valise à roulettes à coque rigide alors baptisé Airstyle, sort des ateliers de l’entreprise Delsey.
Un nom qui sonne résolument américain pour la marque pourtant absolument française Delsey, qui a donc racheté le brevet du système des roues rétractables. Eh oui, Delsey , c’est Français ! Coccorico …. Concrètement, Delsey est un « »mot-valise », constitué des trois premières lettres des noms des créateurs de la marque en 1946, René Delahaye et les frères Seynhaeve. Les Delsey produisent alors des étuis en cuir pour caméras et appareils photo… Mais les années 70′, les voyages se démocratisent et … on connaît la suite !
Mais le saviez-vous ? L’invention n’a pas convaincu tout le monde à l’époque – à commencer par les hommes, qui ne trouvaient pas très viril de tirer une valise, et surtout se voyaient privés d’un peu de leur pouvoir sur les femmes, qui n’avaient plus besoin de leur aide pour porter la leur…
Pourtant, la valise à roulettes a fini par s’imposer à tous les voyageurs, sur presque toute la planète ! Devenant le symbole de l’explosion du transport aérien et du tourisme de masse et exaspérant les habitants de Venise ou Barcelone, qui n’en peuvent plus aujourd’hui d’entendre rouler ces trolleys de jour comme de nuit.
Après tout ça, le marché de la valise allant galopant, on ne cesse de chercher l’innovation qui fera date … En l’an 2000, ce sera la valise en polycarbonate. Une matière à la fois résistante, 250 fois plus que le verre, et si légère… Au point que depuis sa découverte en 1953, elle est largement utilisée pour les casques de moto et constitue la matière de prédilection pour la fabrication des coques de valises. Le polycarbonate, autrement dit le plastique.
LA VALISE DU FUTUR…
Reste donc aujourd’hui à inventer la valise qui roule sans faire de bruit… Et pourquoi pas celle qui se vide toute seule au retour des vacances et met vos affaires dans le lave-linge… Imaginer la valise de demain, de nombreux designers y ont travaillé et y travaillent encore.
Comme Inga Sempé et sa valise étagère, un prototype réalisé en 2007 par le VIA, le French Design. Ou Comme Rodrigo Garcia Gonzalez, qui a conçu une valise motorisée et obéissante ; Elle suit son propriétaire grâce au signal Bluetooth de son téléphone et pourrait même grimper les escaliers. Quant à He Liangcai, inventeur autodidacte, il a combiné une valise avec ne trottinette électrique pour fabriquer un bagage qui se transforme en scooter, et vice-et-versa.

ET LA VALISE CONNECTÈE…
Evidemment, vous vous en doutez, la valise n’échappe pas au monde connecté. Presque toutes les marques s’y sont mises. Quelques exemples. Delsey s’est vite lancé dans la course. Non seulement, la marque française a inventé la taille variable permettant aux voyageurs de répondre aux diktats des compagnies aériennes – On enlève les roulettes, et hop, le bagage passe de 55 cm à 50 cm… – Mais elle propose aussi avec sa ligne Pluggage, le bagage « plus plus », qui permet de voyager vraiment high tech, pour ceux qui aiment… Une application géolocalise votre valise, la verrouille, la déverrouille par empreinte digitale. Sans oublier la balance intégrée avec mise en mémoire des pesées, le port USB pour connecter son appareil à sa batterie de secours personnelle, la protection du port en caoutchouc, etc. Et encore l’indicateur de pesée – donc de surpoids.
Jusqu’où va aller la valise ? L’avenir nous le dira. Mais elle n’a surement pas dit son dernier mot.
Et avez-vous entendu parler de l’ovni G-RO de Ken Hertz et Netta Shalgi, respectivement avocat à Los Angeles et designer à Tel-Aviv ! De quoi est constitué l’ovni valise en question ? Des roues en polymère aussi larges que le sac, une station de recharge de deux USB, avec poche pour ordinateur portable extérieure et tablette pour le poser, une serrure TSA, un espace protégé de Nylon balistique imperméable, ainsi qu’une poignée extra-longue.
Quant à Jan Roosen et Stefan Holwe , ils ont lancé Tote, un label berlinois qui présente une collection toute contemporaine avec les équipements les plus avancés : chariot lisse et robuste, tout-terrain, roues larges et silencieuses, orientables à 360°, un assistant de voyage sous forme de carte à puce reliée au smartphone (Android ou Apple), qui avertit son propriétaire d’un éloignement au-delà de 30m et une batterie intégrée permet de recharger divers appareils.
Du côté de Lancel, si la Kangourou, devenue un objet vintage, se vend dans les salles de ventes, la marque, qui a rouvert sa boutique historique dans le quartier de l’Opéra parisien saute alors les étapes de la modernité plus rapidement que l’animal… On n’arrête pas le progrès ! La voilà qui fait en effet son entrée dans le high tech avec l’Explorer, paré de tire-zips et boutons-pression, Nylon balistique et version cuir, et doté du système E-lostbag, balise sécurisée géolocalisable munie d’une puce RFID.
ET L’ECOLOGIE? DANS TOUT ÇA?
La valise, nous aura donc tout offert, du solide, de la souplesse, de l’étanche, de l’utile, du beau, du créatif, du design, du chic, du très chic, du high tech, etc. Mais l’écologie, dans tout ça ? Car, le savez-vous : sur les 400 millions de modèles de valises vendus dans le monde, 84 % de celles endommagées sont jetées ! Eh oui ! Car à bien y penser, qui n’a pas jeté la sienne, parce que la roue s’était cassée, que la poignée avait lâché, etc ?
Nous n’avons pas vérifié ces chiffres vertigineux. Ils sont avancés par Julien Ehret, qui a repris l’Alsacienne de maroquinerie, une entreprise fondée par son grand-oncle en 1961 à Molshein. Pour aller dans le sens d’une éco-durabilité vertueuse, il a d’abord tenté de mettre au point un système de location, un projet resté dans les tiroirs tant on n’aime pas vraiment partager l’objet valise. Chacun la sienne ! Puis il a revu sa copie et imaginé une valise éco-conçue et réparable à l’infini. Avec son concept Dot-Drops, la valise est hyper solide, quatre fois plus solide qu’un modèle classique, selon Julien Ehret et tout roule comme sur des roulettes !

Car elle est réparable à 95 %. Dès l’achat d’une valise, vous recevez son carnet de santé en quelque sorte. En cas de pépin, la marque – dont les valises sont inspirées du revêtement de sol des aéroports imaginé par le père de Julien – vous envoie gratuitement pendant une durée de vingt ans les pièces détachées. A vous de prendre en charge la réparation grâce à un tutoriel vidéo. Si le problème s’avère plus grave, l’atelier de la firme prend en charge le bagage. Et s’occupe de la récupérer pour la recycler en toute fin de vie. Mais ce n’est pas pour demain car l’aventure n’a démarré qu’en 2022.
D’autant qu’il n’y a rien à redire sur le design et la beauté de cette toute nouvelle valise éco-durable. Dans la belle gamme de couleurs proposée – orange, bleu, bronze, jaune, rouge – le classique remporte la palme en matière de recyclage : il est produit à partir des chutes issues de la fabrication des autres coques. Et quand il sera enfin possible de trouver un partenaire industriel qui puisse réaliser à la fois la plasturgie et la maroquinerie dans des petites quantités, les coques et la couture de la fermeture ne seront plus réalisées en Chine. Les voyageurs pourront alors se mettre résolument au vert, avec la satisfaction d’être un peu plus vertueux !

QUAND LA VALISE INSPIRE LES CRÉATEURS ET DEVIENT ACCESSOIRE DE MODE OU OEUVRE D’ART CONTEMPORAINE?
Là, évidemment, les éditions sont plus que limitées. Mais elles valent d’être admirées. Kim Jones, le directeur artistique des collections masculines de Dior de 2028 à janvier 2025, et Virgil Abloh, le directeur du prêt-à-porter masculin chez Louis Vuitton s’y sont essayé. Le premier avec des bagages de la maison Rimowa ornés du motif “Oblique” qui reprend les lettres Dior sur une valise cabine. Le second, fils d’immigrés ghanéens, architecte de formation, diplômé en architecture de l’Illinois Institute of Technology et en génie civil de l’université du Wisconsin à Madison est un créateur pluridisciplinaire considéré comme le seul designer capable de réconcilier le luxe et la rue… Et il a imaginé pour Off -White, la marque qu’il a créée en 2013 à Milan, un modèle en polycarbonate translucide. C’est sûr que si vous tirez ce trolley dans n’importe quel aéroport du monde, vous ne risquez pas de passer inaperçu !

Autre idée de la transparence : en 2019, toujours pour Rimowa, l’artiste californien Alex Israel, peint la coque de sa valise avec des dégradés de couleurs imitant les teintes du coucher de soleil de L.A. Même si elle a été présentée à la Foire d’Art contemporaine Frieze de L.A., l’artiste ne considère pas cette valise comme de l’art mais comme un objet du quotidien collaboratif.

Et en matière de valise, vous n’avez rien vu, si vous n’avez pas vu l’Américain Rick Owens quand il décide de faire sa propre valise-cabine pour la marque Rimowa et la présente le 23 janvier, sur le podium de son défilé automne-hiver 2025-2026, dont le thème tout entier tourne justement autour du voyage. Car cela vaut vraiment le détour. Celui qui déclare avoir toujours voulu être un excentrique légendaire, un cinglé majeur, choisit alors l’alliance majeure du cuir et du bronze. Le cuir à l’intérieur pour imiter la sensation d‘un gant, le porte-étiquette en cuir de vache à poils, logo discret, aluminium et les finitions en bronze pour rappeler œuvres de Serra ou Brancusi. Là, « l’excentrique » nous offre un aperçu de son goût pour la qualité et le design comme il l’avait fait pour le mobilier de l’ancien hôtel particulier de Karl Lagerfeld.
L’art s’empare du quotidien et de la valise
On l’a vu, la valise inspire les créateurs… Et ce ne sont pas que des designers. Mais aussi des artistes. Florilège.
A Liverpool, les valises monumentales en béton de John King sont dispersées depuis 1998 dans Hope Street, rappelant au passant et au touriste les grandes figures, originaires de la ville, ou y ayant séjourné. Parmi lesquelles Dickens, les Beatles, l’architecte Gilbert Scott, le philantrophe Robert Cain…
A Paris, une sculpture en bronze de 5 mètres de hauteur du sculpteur et plasticien Arman (de son vrai nom Armand Fernandez) trône au centre de la Cour de Rome de la Gare Saint-Lazare dans une accumulation de valises qui a pour nom : Consigne à Vie ! Avec son installation de valises anciennes suspendues par des cordelettes rouge sang – L’Envol des valises – qui s’animent à l’approche des spectateurs, l’artiste japonaise Chiharu Shiota pousse chacun d’entre nous à réfléchir ou imaginer de quels objets l’on garnirait sa propre valise si on partait pour un périple sans retour.
Quant à l’artiste plasticien français Daniel Dezeuze, ses Tableaux-valises ne sont-ils pas une exploration de ce que pourrait être le trajet d’un voyageur ? Mais pour l’artiste français Marcel Duchamp, qui partit de Paris pour New York et Buenos Aires pour revenir à Paris et avant de s’enfuir finalement à NYC en 1942 alors que les nazis avançaient vers la capitale française, et qui écrira en 1952 : « Tout ce j’ai fait d’important peut être mis dans une petite valise », il faisait sans nul doute référence à sa Boîte-Valise, aujourd’hui objet d’art, mais il n’oubliait pas non plus que cet objet nomade par excellence était aussi fonctionnel que chargé d’émotion./p>
JUSQU’OÙ LA VALISE IRA-T-ELLE?
En tous cas, elle n’en finit d’inspirer les créateurs. Le rappeur américain Tyler, The Creator, qui s’est trouvé un nom de scène sur mesure lui permettant de faire sonner toutes les cordes qu’il a à son arc -, producteur de musique, acteur, designer, graphiste, réalisateur, scénariste, styliste et directeur artistique américain – a, lui aussi, signé une valise qu’il a baptisée « International ». Sous le nom de la marque qu’il a créée, Golf Le Fleur et avec la complicité et l’excellence du savoir-faire français du Maître artisan Franck Tressens et de sa maison Ephtée.
On ne sait pas si le rappeur est venu avec elle au concert parisien qu’il a donné à l’Accor Arena au printemps 2025 ; mais si vous avez vu sur le tapis roulant de l’aéroport de Roissy circuler une valise rose pastel, aux belles manières et matières, bois, cuir et microfibre, cornières en cuirs, coins en laiton massif doré 24 ct, c’était certainement la sienne.
SILENCE, ON FAIT VOTRE VALISE…
Un jour peut-être, Le dessous des Objets vous emmènera dans les ateliers où l’on s’essaie à la valise de l’avenir. Au Design Lab Delsey, à Paris par exemple. Là où on organise des collaborations et des concours avec des écoles de design; où l’on produit des prototypes innovants telle la valise Origami, en fibres de verre qui mémorise les formes et où l’on pense à de nouveaux concepts telle la valise pliable ou celle aux roues silencieuses…
On pourrait aussi aller à la rencontre des managers du Centre de recherche et développement de Samsonite à Oudenaarde en Belgique. Ou faire un reportage en Allemagne à l’usine Rimowa. Car, si le petit-fils des créateurs, Dieter Marszeck, a transmis l’aventure familiale au groupe LVMH, l’entreprise est restée implantée à Cologne. Ici, la quasi-totalité de la production est réalisée à la main, les structures en aluminium sont encore martelées par les artisans et on utilise toujours des matières et des matériaux provenant d’Europe.
Et pourquoi pas entrer dans le royaume de la maison Goyard, la plus ancienne maroquinerie de France, fondée en 1792 par Pierre-François Martin. Ou encore voyager en Aquitaine et en Franche-Comté, et s’inviter à l’atelier de la Tardoire à Montbron, à la tannerie d’Annonay ou dans les autres manufactures de l’Entreprise du Patrimoine Vivant, Hermès, pour découvrir comment on fabrique encore, par exemple, la valise Orion, en aluminium, fibres de carbone et vache naturelle, du designer Gabriele Pezzini.
Certes, son prix avoisine sans doute le prix d’un aller-retour Paris/Bora-Bora en première classe mais rien ne nous empêche de l’admirer. Ce qui est sûr, c’est que la valise, cet objet nomade par excellence aura été de toutes les transformations de la société et n’aura jamais autant fait partie de nos objets quotidiens !









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