20 Juil Le banc Davioud à Paris
LE DESIGN DANS LES VILLES
SUR LES BANCS PUBLICS DE PARIS SIGNÉS DAVIOUD, VINCENT GUINÉ NOUS DIT TOUT… OU PRESQUE
A Paris, vous verrez du Davioud partout, dans les espaces verts, les bois, les parcs, les avenues, les fontaines et les rues jusqu’aux bancs qui portent son nom. Voici une promenade autour des bancs de Gabriel Davioud en compagnie de Vincent Guiné, architecte paysagiste au Caue de Paris
(Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement).

SOMMAIRE DU DOSSIER
- Episode 1 – Entretien avec Vincent Guiné, paysagiste urbaniste au Caue de Paris
- Episode 2 – Comment je suis arrivé au paysage ? Vincent Guiné se raconte
- Episode 3 – L’éloge du banc public, par Zola, Brassens et Renaud
- Episode 4 – Et du grand Davioud au mini Davioud… Ce que l’on ne ferait pas pour nos enfants !
- Episode 5 – Mais comment suis-fait ? Matières et fabrication
- Episode 6 – Le saviez-vous : Pourquoi les bancs Davioud sont-ils verts ?
- Episode 7 – Les bancs « Gondole »
- Episode 8 – Promenade au Jardin des Tuileries
- Episode 9 – Bancs et théâtre, au Festival

Episode 1
Entretien avec Vincent Guiné, paysagiste urbaniste au Caue de Paris
La Rotonde et la grotte artificielle du lac Daumesnil au Bois de Vincennes (12e) ; c’est lui. Le Temple de Sibylle aux Buttes -Chaumont (19e), la grande volière du Jardin d’acclimatation (16e), c’est lui. Lui aussi, le Pré Catelan au Bois de Boulogne et le jardin des grands explorateurs (6e). Lui encore, le Théâtre du Châtelet, les lampadaires, la Fontaine Saint-Michel, les grilles des arbres, le « corset-tuteur » pour les protéger, la colonne Morris, les kiosques… Sans oublier les bancs qui portent son nom.
Vincent Guiné, autour des bancs Davioud à Paris…
« Recruté par Adolphe Alphand, l’un des architectes en chef du préfet Hausmann, pour le service des promenades et plantations créé en 1855, Gabriel Davioud est certainement un des maîtres du design de Paris au service du végétal, qui devient sous la volonté de l’Empereur Napoléon III et de son préfet, un élément central de la ville.
Car alors seront plantés des milliers d’arbres à Paris au sein de toute une géographie de parcs, bois et jardins avec un système d’alignements et doubles alignements d’arbres, de grilles de protection des troncs d’arbres, que l’on doit à Gabriel Davioud tandis que s’ouvriront de nombreux établissements horticoles et seront engagés autant de jardiniers.
Et qui dit promenades dans les jardins dit moments de repos. Où le promeneur se pose, se repose et se détend sur les bancs, dessinés alors par le génial Davioud. Ces bancs possèdent un vocabulaire unique très identifiable. Aujourd’hui, stockés, restaurés, réhabilités, reposés dans divers endroits de la capitale, on ne cesse de les réutiliser (Voir l’article : banc Davioud). »



Aujourd’hui comme hier le banc Davioud enchante et n’en finit pas d’illustrer dans le monde entier, l’image de Paris ! Mais pas seulement ! de nombreuses villes à l’étranger s’en sont inspiré, telles New York, Londres, Barcelone, Montréal et Buenos Aires.
« Toutefois, de nouveaux concepteurs s’engagent aussi à créer des nouvelles assises.
Ainsi, avec celles de la place du Panthéon, ultra simples, composées d’une poutre posée à différentes hauteurs, on est passé d’un banc très dessiné, le Davioud, à un banc presque brut, souvent tagué hélas, mais sans doute très résistants. Seulement, auprès d’un monument aussi bien dessiné et patrimonial, entouré de bâtiments prestigieux, je ne cache pas que j’aurai préféré sur cette place grandiose, sur ce parvis imposant voir s’implanter les bancs Davioud. Mais ce que je regrette aussi, c’est que ces nouveaux bancs manquent à mon avis d’un travail de designers.


« On retrouve encore l’inspiration des bancs Davioud Place Pigalle où il est circulaire ainsi que dans certains projets, par exemple dans les forêts urbaines. Notamment celles de la Place du Colonel Fabien où ils épousent l’époque contemporaine. On a repris les montants en fonte des Davioud, qui sont d’ailleurs des originaux, mais les lames sont circulaires. Immense travail du bois. C’est étonnant ! Seul le terme de « forêts urbaines »me parait un peu exagéré… Espaces publics plantés inaccessibles complètement mais non fermés. Mais ce sont des espaces tellement nécessaires pour rafraîchir l’espace et offrir ombrage et bien-être. Car l’arbre est le seul élément dans le paysage urbain qui permet de réduire drastiquement la température. Plus encore que les voiles d’ombrages. C’est un système de climatisation naturelle »
Episode 2
Comment je suis arrivé au paysage ? Vincent Guiné raconte…
« Mes parents agriculteurs m’ont transmis la passion pour le sol. Mon père surtout. La passion de travailler la terre avec ce que l’on a. Enfant, quand je travaillais avec lui, il m’expliquait pourquoi la terre était plus brune ici que là, pourquoi là elle était plus friable… Ma mère jardinait et j’allais avec elle m’occuper des fleurs et plantations de la maison près de Nantes.
Dès la 3e, je savais quel serait mon métier : jardinier. J’ai donc fait un Bac Pro en aménagement paysager en Bretagne. Je découvre alors le métier d’architecte paysagiste. Je me renseigne sur la formation et le concours. C’est une école prestigieuse. La première. Versailles ! Je dis : c’est là où je veux étudier ! Je poursuis après par un BTS à Saint Herblay, où les enseignants sont passionnants. Parmi lesquels, Gilles Clément, grand paysagiste qui me fait découvrir un de ses concepts : le « jardin à Mouvement », qui consiste à faire avec la nature et le moins possible’ contre ; de travailler avec les éléments existants.
J’aimais déjà dessiner et je dessinais beaucoup mais ne maîtrisais pas bien la pratique de l’ordinateur. Alors, je m’inscris en licence d’infographie à Angers et je tente le fameux concours ! Et j’arrive à Versailles. J’enchaine avec un postmaster en urbanisme, ce qui me permet de poursuivre ma formation avec une vision très territoriale que j’avais déjà pu aborder à l’École du paysage, mais là avec de vrais projets et des commandes publiques, tels le Conservatoire du paysage, le PNR de Camargue et la ville d’Evry Courcouronnes au CAAP – Cluster Art, Architecture, Paysage – Où je travaille à la connexion du centre de la ville avec les ramification de la ville nouvelle, là où s’organise un « site propre », c’est-à-dire où les bus circulent sans piétons avec des grands couloirs à raccorder et un système de dalles un peu complexe… Aujourd’hui, je suis paysagiste-urbaniste au Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement de Paris (CAUE). J’enseigne à l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles, sur le Site du Potager du Roi et suis membre à la vice-présidence la Fédération du paysage en Ile-de-France. Un vrai régal »

C’est quoi, un CAUE ?
L’acronyme signifie : Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement.
C’est une association départementale inscrite dans la loi d’architecture de 1977. Il en existe un par département. Celui du département 75 est financée par des subventions de la Ville de Paris et par un pourcentage sur la taxe perçue sur chaque permis de construire.
Par ailleurs, le CAUE de Paris propose aux Parisiennes et Parisiens une permanence d’assistance architecturale et paysagère, gratuite, dans ses locaux, le vendredi après-midi, sur rendez-vous.
37/39 avenue Ledru-Rollin, Paris 12e
Pour prendre rendez-vous : 01 48 87 70 56
Episode 3
L’éloge du banc public
Ah le banc !
Loué par Zola et le chanteur Renaud, sans oublier Brassens dont la chanson Les Amoureux des bancs Publics, inspirée des bancs Davioud a été traduite et chantée en allemand et en japonais …
« Chaque fois que je me suis assis sur un banc, dans un square, et que j’ai promené un regard attristé sur les ondulations savantes et propres des pelouses, un même souvenir, d’une mélancolie douce et profonde, s’est présenté à ma mémoire. »
(Émile Zola, « Le Figaro », 11 juin 1867)

Episode 4
Et du grand Davioud au mini Davioud… Ce que l’on ne ferait pas pour nos enfants !
« Nos architectes ont repris les dimensions du banc Davioud d’origine, explique Justin Ledoux, responsable du Centre de maintenance et d’approvisionnement (CMA) de la Ville de Paris. Résultat, celui-ci est passé de 2,25 mètres à 1,4 mètre de long. ».
Les enfants de 5 à 10 ans vont être contents ! Des bancs rien que pour eux ! A leur hauteur ! Les premiers ont été posés le 11 juin 2025 dans le 20e arrondissement, rue Pierre-Foncin. Objectif : en installer une centaine aux abords des écoles !




Episode 5
Mais comment sont-ils faits ? Matières et fabrication
Pour Justin Ledoux, responsable du Centre de maintenance et d’approvisionnement de la Ville de Paris (CMA, soit dit doit dit en passant, créé au début du 19e siècle ! et Thierry Colbeaux, chef de l’atelier de menuiserie du CMA, le banc Davioud possède un avantage majeur : sa simplicité. Deux pieds en fonte et cinq lattes de bois. Les dossiers et l’assise du banc Davioud sont en effet en bois et fonte d’aluminium, matières qui leur confèrent robustesse, résistance et légèreté ; on peut ainsi le déplacer facilement (2 mètres et 200 à 300 kilos).
Les pieds sont en fonte « ferrugineuse ». Parfois les lattes de bois pour l’assise et le dossier sont en chêne. Au fil du temps, le banc s’est peu à peu transformé. On a ajouté ici et là un accoudoir ou un dossier ajouré, une assise en bois avec des supports pour des plantes
Les bois sont assemblés dans les ateliers de la Ville de Paris, les pieds confectionnés dans une fonderie, la Fonderie Dechaumont en Haute-Garonne et enfin à nouveau, ils sont peaufinés au CMA, le Centre de maintenance et d’approvisionnement de la Ville de Paris.
Quant au mini bancs, un atelier à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) dont on ne connait pas le nom les a fabriqués !

Episode 6
Le saviez-vous ? Pourquoi les bancs Davioud sont-ils verts ?
La ville de Paris sera verte ! C’est le souhait de l’Empereur Napoléon III, de son préfet de la Seine Georges-Eugène Haussmann et de ses collaborateurs Adolphe Alphand et Gabriel Davioud. On veut transformer d’une façon spectaculaire la capitale française ! Et y apporter davantage de nature et d’harmonie. Comme quoi, l’envie de nature ne date pas d’hier ! Aussi, les équipements urbains – réverbères, kiosques, bancs, colonnes Morris – seront tous mis à la même enseigne du vert foncé.
Episode 7
Les bancs courbés ou « Gondole »
Les bancs Davioud à assise simple ou double et à dossier droit sont destinés principalement pour les boulevards et les promenades, et les bancs à « gondole » avec une assise plus profonde, pour les jardins.
Aujourd’hui, on trouve depuis peu des petits bancs Gondole à la sortie du métro Malherbes (17e).


Episode 8
Promenade au Jardin des Tuileries
Le banc simple
Ce modèle comporte des cadres en fonte avec accoudoirs à volutes. Il est fait de trois lattes de bois pour l’assise et d’une latte de bois pour un dossier très légèrement incliné. Il se caractérise par une assise confortable et est généralement installé dans les « salles vertes » et bosquets, propices à la contemplation
Le banc double
Ce second modèle est composé de cadres en fonte sans accoudoirs avec des décors d’enroulements de végétaux et des pieds en forme de pattes de lion. Il dispose d’une latte de bois pour l’assise et d’une latte de bois pour le dossier. Ce modèle est concentré sur les terrasses du jardin et vous offre une magnifique perspective.
Et si vous parrainiez un banc, comme dans les parcs londoniens
Voilà ce vous propose le musée du Louvre sur son site https://votrebanc.louvre.fr/fr/le-projet/
Episode 9
Et vous n’y croyez pas ? Mais vous avez tort !
Le banc public a aussi son Festival ! Et son association !
Du banc public au théâtre, il n’y a qu’un pas, ou plutôt un saut ! Après les amoureux « qui s’bécotent sur les bancs publics (… ) en s’foutant pas mal du regard oblique des passants honnêtes », après les promeneurs, les lecteurs et tant d’autres, voici le banc public investi comme scène artistique ! Et cela ne date pas d’hier. Depuis 2006, Jonathan et sa compagnie Annibal et ses Eléphants invitent le public à devenir saltimbanque autour des bancs de la ville de Colombes. Ainsi, sur les bancs publics, on y danse, on y chante, on y déclame… Des histoires sur et autour des bancs !
Et une association B.I.B, Bureau International du Banc, où les adhérents « militent nonchalamment et patiemment depuis 1987. Ils s’intéressent au rôle du banc dans la société.
Qu’ils soient enseignants, employés, jardiniers, photographes, abonnés au gaz, designers, graphistes, bûcherons ou poète. Ils constituent un fond iconographique important, un stockage d’informations, d’anecdotes, d’oeuvres littéraires…
Vous voulez en savoir plus ?
Les interventions de Gilles Vexmard, paysagiste de la Fédération française du paysage.
L’article de Chiara Santini dans Jardin de France, n ° 635
L’Atlas de paysages de Paris
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