Un tramway dans le désert d’Arabie

LE DESIGN DANS LES VILLES


Un tramway dans le désert d’Arabie

Par Mélina Gazsi

Le tramway d’Alula, en Arabie Saoudite. Design et technologie de pointe. Avec le designer Patrick Jouin, l’architecte Etienne Tricaud et le constructeur Alstom.

Faire du site d’Alula, en Arabie Saoudite, une destination touristique éco-responsable mondiale, tel est l’objectif de l’accord passé en 2018 entre le Gouvernement saoudien et la Commission Royale d’Alula et la France pour l’aménagement d’un tramway.

Ce projet prend place sur un tracé de 22 kilomètres qui traverseraient les 17 stations entre sites archéologiques millénaires et paysages exceptionnels. Mené en étroite collaboration entre la haute technologie d’Alstom, la vision urbaine de l’architecte Étienne Tricaud et la sensibilité esthétique du designer Patrick Jouin.

L’objectif est à la fois culturel, patrimonial, touristique, économique et social. Le tramway d’Alula donnerait sans nul doute un supplément d’attractivité aux festivals et activités qui ont lieu dans cette région, le long d’un parcours d’une quarantaine de minutes exceptionnel. 

Un parcours exceptionnel, c’est peu dire : il s’agit de parcourir le célèbre site nabatéen aux superbes tombes monumentales taillées dans le grès – le premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco – la Vieille ville d’Alula autour d’un dédale de briques de boue et de pierres, l’ancien royaume de Dadam et ses célèbres tombeaux des Lions, Jabal Ikmah, le contrefort rocheux et ses centaines d’inscriptions rupestres pré-arabiques protégées également par l’Unesco, et la traversée de l’oasis au cœur d’une palmeraie millénaire et d’une nature luxuriante, aménagée le long de l’ancienne vallée, avec des haltes conçues pour desservir les musées, centres artistiques, galeries…

Si le constructeur français Alstom a fourni ses rames sans caténaires – pour les connaisseurs, des Citadis B équipées de batteries Mitrac B et du système de recharge statique par le sol (SRS), l’architecte Etienne Tricaud s’est attaché à orchestrer l’insertion du tracé de ces 22 kilomètres (exactement 22, 4 km) et de ses 17 stations dans le paysage fragile de la vallée. 

Quant au design, Patrick Jouin a dessiné la silhouette extérieure des rames et conçu l’aménagement intérieur sans oublier de penser au confort du voyageur. En synergie avec Asltom et Etienne Tricaud, il a voulu s’inspirer de l’esprit de l’ancienne ligne de chemin de fer du Hedjaz, construite au début du 19e siècle et inaugurée en 1908 sous l’Empire ottoman, qui reliait la ville de Damas en Syrie à la ville sainte de Médine en Arabie Saoudite). Sur cette ligne, qui facilitait le transport des pèlerins musulmans, la gare de la ville d’Alula était l’une des plus importantes dont les vestiges aujourd’hui restaurés sont l’attraction des touristes.

Aussi, partant de la forme des anciens wagons en bois de ce chemin fer, il a ainsi développé une coque extérieure aux courbes douces et épurées, donnant l’illusion d’une silhouette « flottant » discrètement sur le sable, sans dénaturer la perception de la vitesse. Quant aux teintes et matériaux choisis par le designer, elles se marient discrètement avec le grès rouge et les nuances ocres du désert saoudien. Autre particularité – et l’enfance de Patrick Jouin n’est alors pas loin, qui s’est souvenu des bus parisiens d’autrefois, avec ses plateformes ouvertes à l’arrière – l’intégration d’espaces totalement ouverts comme des « belvédères », offrent une immersion totale, sensorielle et visuelle, dans le grand paysage de l’oasis.  D’autant que le designer a pensé à installer sur toutes les zones vitrées des protections solaire à lamelles pour parer au rayonnement direct et ardent… mais sans pénaliser la vue !

Cette idée de belvédères participe au respect de l’environnement auquel s’est particulièrement attaché le designer et rompt avec le « tout sur-climatisé » des pays du Golfe. Et avec les immenses baies vitrées panoramiques que Patrick Jouin a dessinées, le trajet des heureux voyageurs pourrait se rapprocher d’un véritable travelling cinématographie sur le patrimoine d’Ulula, débarrassé de surcroit de tout caténaires et câbles aériens qui n’auraient pas manqué de ternir le paysage. Chacun des trois acteurs, Alstom, l’architecte et le designer ayant travaillé main dans la main pour optimiser la technologie choisie, par batterie.

Ce tramway pas comme les autres évoquant en effet une silhouette flottant sur le paysage sera alimenté par batteries, sans câbles, donc peu ou pas de pollution chimique ni visuelle. Enfin, la réduction de l’empreinte carbone devrait, elle aussi, être notable, puisque le tramway va remplacer la circulation des voitures individuelles et des bus thermiques, très gourmands en carburant.

Voici donc, comme le souligne Patrick Jouin, « un tramway qui se situe à mi-chemin entre le passé et le futur, en réintroduisant des formes douces qui n’altèrent pas la perception de la vitesse ». Pour l’architecte Etienne Tricaud et le designer Patrick Jouin, « il ne doit ni refléter l’empreinte d’un passé révolu, ni anticiper de manière trop radicale sur l’avenir. Il est conçu pour s’intégrer harmonieusement, comme s’il avait toujours fait partie intégrante de ce paysage ».

Alors, rendez-vous à la fin de l’année 2026 ou en début de l’année 2027. Pour l’instant aucune date précise de mise en circulation ni d’inauguration n’est annoncée… 

Le saviez-vous ?
Quand le Tramway à la française s’exporte… En 2014, Alstom, et cette fois avec sa propre équipe de design, avait déjà conçu celui d’Ouargala en Algérie, aux portes du Sahara et en 2018 celui de Dubaï, la toute première ligne de tramway au monde à fonctionner intégralement sans aucun câble électrique aérien.

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