13 Août La beauté de l’usage
LE DESIGN À L’ÉCOLE
La beauté de l’usage
Dans les écoles japonaises, le design, c’est zéro égo, 100 % utile. Les enfants apprennent que l’objet doit être utile et témoigner de la bienveillance et de l’attention aux autres.

Ce que certains appellent l’attention « obsessionnelle » aux détails n’est en réalité au Japon que le fruit d’un apprentissage, dès le plus jeune âge, de la prise en compte réelle de l’autre, de l’ergonomie des objets, de la propreté, du civisme et de l’art du quotidien.
Zuga-Kosaku, bijutsu ou Giko
À l’école primaire japonaise, les élèves suivent, en effet, de 6 à 12 ans une matière obligatoire unique appelée Zuga-Kosaku (図画工作), que l’on peut traduire par « Dessin et Travaux manuels ». Mais derrière ce nom tout simple se cache une véritable initiation aux concepts fondamentaux du design

Cela commence par le dessin évidemment, pas seulement le dessin à plat, mais l’appréhension du volume également, avec notamment comme discipline la géométrie utilisée dans l’origami et la construction de miniatures en carton, en fil de fer, en argile ou en bois léger. En petits groupes, les enfants assemblent ces volumes pour créer une structure géante, une ville imaginaire, un réseau de tunnels, etc., en tenant compte de la nécessité de recycler les matériaux, en apportant à l’école certains des emballages mis au rebut chez eux.

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L’origami (du japonais Oru, plier, et Kami, papier) est l’art traditionnel japonais du pliage de papier. Il repose sur une règle stricte : transformer une feuille de papier, généralement carrée, en une forme précise – animal, fleur, objet- uniquement par des pliages, sans utiliser de ciseaux ni de colle.

Tandis que les plus grands, à partir de 8 ans, se lancent dans la construction de structures plus compliquées telles un parcours de billes vertical ou un flipper en carton. Avec des virages, des entonnoirs et des obstacles mécaniques créés uniquement par pliage ou découpe qu’il faut tester, refaire et refaire encore jusqu’à ce que la bille atteigne sa cible de manière fluide. Ces exercices font appel à la physique des objets et l’ergonomie et sont autant de compétences en sciences, que les enfants acquièrent presque en s’amusant. A mesure où ils avancent en âge, ils sont confrontés à des problématiques plus complexes.

Comment couper une planche de bois tendre, du contreplaqué de cèdre ou de pin et obtenir un objet parfaitement lisse, avec une scie à main, une scie à chantourner mécanique et du papier de verre. Là encore, il s‘agit de fabriquer un objet du quotidien utile, un porte-lettre pour la maison, un organiseur de bureau ou une boîte pour recueillir des petits secrets !

Car ce qui distingue vraiment le design japonais, c’est que d’une part, un objet aussi beau qu’il puisse être n’a d’intérêt que s’il est utile. Et d’autre part, et plus encore, cet objet doit être conçu dans l’objectif de servir aux besoins d’une personne ou un groupe de personnes. Ou pouvoir ajouter un « plus » évident à l’environnement de la maison ou de l école.
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Chaque jour, pendant quinze à vingt minutes, les élèves, à tour de rôle, nettoient eux-mêmes leur classe, les couloirs et les toilettes. Est-ce de cette façon qu’ils développent un respect absolu pour les autres et le travail des designers et des techniciens et apprennent qu’un « bon design » passe aussi par un nettoyage facile ?

Dans ce contexte, la bienveillance est reine, et l’empathie du design n’est pas une expression vide de sens. A l’école, un professeur demandera souvent par exemple à un élève de fabriquer une boite astucieuse pour que son père puisse ranger facilement sa paire de lunettes ou d’imaginer pour le tout dernier bébé de la famille un jouet 100 % « sécure ». Ou encore de créer des objets à destination de la classe ou la cour de récréation. De cette façon, chaque enfant tient compte de la table, du bureau, de l’arbre qui entourent l’objet à créer aussi bien que de l’espace et de la lumière du lieu où cet objet trouvera sa place.
Petite question
Le design des WC publics ultra-technologiques qui impressionne tant les Français et pas seulement eux, procède-t-il de cette même attention : éliminer le moindre frottement ou désagrément quelque qu’il soit ?
Beauté fonction d’un objet
Des grands noms du design japonais reconnaissent que cette éducation à l’utile reçue dès l’enfance fait partie intégrante de leur travail et succès. Parmi eux, Sori Yanagi, créateur du tabouret iconique Butterfly, Naota Fukasawa, célèbre designer pour la marque Muji notamment et Oki Sato, du studio Nendo. Chacun d’entre eux met en avant la beauté de l’usage, le design without (le design sans y penser) et le design comme solution aux petits problèmes.
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