God save the design !

LE DESIGN À L’ÉCOLE


God save the design !

Par Mélina Gazsi

Des « drawing school » du milieu du 19e siècle à la matière D&T obligatoire depuis 1988, l’Angleterre fait partie des pionniers de l’enseignement du design.

Si le travail manuel est la matière obligatoire des classes primaires danoises, dans le système britannique, elle s’appelle D&T, Design and Technology et s’adresse aux enfants de 5 à 14 ans. Les élèves y apprennent à concevoir des produits en réalisant des croquis, choisissant des matériaux et évaluant leur utilité dans la vie quotidienne dans la société. Ici, le design n’est pas qu’un jeu et les enfants prennent leur travail très au sérieux, à l’instar de vrais professionnels !

Les jeunes enfants conçoivent des produits simples pour un usage précis, par exemple, une carte de vœux animée ou un abri pour les jouets et apprennent à utiliser des ciseaux, à assembler des matériaux simples et à manier des mécanismes tels des leviers, des roues et des axes. Puis de 7 à 11 ans, sont introduits les sciences mathématiques et physiques et ils sont en mesure de fabriquer des structures plus complexes comme des ponts miniatures en bois, d’ajouter une ampoule ou un interrupteur et sont initiés à la robotique.

La matière D&T a été introduite officiellement dans le programme national à la toute fin des années 80’, avec la loi de réforme de l’éducation de 1988 – Education Reform Act – et depuis lors soutenue par l’association Design and Technology, l’organisme professionnel pour l’enseignement du design et de la technologie. 

L’Angleterre, un pays à part
Avec ses designers stars et ses marques emblématiques, l’Angleterre a brillé au royaume du design. On ne présente plus le célébrissime James Dyson. Ni Terence Coran, qui a implanté en France et dans le monde entier les magasins Habitat et Coran, et créé le Design Museum de Londres en 1989, le tout premier musée au monde entièrement dédié au design contemporain, à l’architecture et aux objets industriels du quotidien. Quant à Jony Ive, c’est peu dire qu’Apple lui doit tout. Même si le grand public a retenu le nom du Steve Jobs, pdg d’Apple, plutôt que celui de l’ancien directeur du design de la marque à la pomme, l’artisan qui a conçu le design iconique l’iMac, de l’iPod, de l’iPhone et de l’iPad.

Mais l’enseignement au design dans les écoles est apparu, au milieu du 19e siècle, avec les « Drawing Schools ». Puis, progressivement, le dessin industriel et technique est introduit dans les écoles primaires pour les enfants de la classe ouvrière, l’objectif étant de former une main-d’œuvre capable de lire et dessiner des plans d’usine. Cet encouragement aux métiers manuels du travail du bois et du métal, qui s’adresse alors essentiellement aux garçons, place l’Angleterre parmi les pays pionniers en matière d’enseignement du design.

Toutefois après les pays nordiques qui l’ont devancée de plus d’un siècle, avec le concept révolutionnaire du « Slöjd » c’est-à-dire l’enseignement obligatoire de l’habileté manuelle, l’artisanat domestique et la fabrication d’objets usuels en bois, métal ou textile et l’apprentissage par le faire (learning by doing) à l’école. 

Et si le système nordique considérait le travail manuel comme un outil de développement mental, moral et physique global de l’enfant, l’Angleterre industrielle du 19e siècle y voit surtout la nécessité de former les enfants pour les usines. L‘urgence économique et industrielle que connaît le pays au milieu du 19e siècle est telle que pour faire face à la concurrence européenne sur le marché des produits manufacturés, il est créé en 1837 la Government School of Design. Avec une mission claire : former des artisans au dessin technique pour améliorer l’industrie textile et la céramique britannique face à la concurrence française. L’établissement, prendra son nom actuel de Royal Collège of Art en 1896. 

La méthode britannique ne diffère pas vraiment aujourd’hui de celle des pays nordiques. Ici aussi, l’éducation au design passe par la résolution de problèmes concrets, par une approche pratique et l’utilisation des outils, des machines et des logiciels de conception et en appelle à l’imagination des enfants pour trouver des solutions adéquates aux besoins des usagers et de la société. Ici, également, l’apprentissage est transversal et on relie directement les sciences mathématiques et physiques à la fabrication d’objets tangibles. L’objectif est de tester, évaluer et améliorer les prototypes créés, en tenant compte de l’ergonomie et des exigences du développement durable.

Seule petite différence notoire, la classification. Au Royaume-Uni, tout est design. Cela concerne le design d’objets et de produits, la modélisation, le textile, les systèmes électroniques et les automatismes, l’ingénierie et le graphisme bien sûr jusqu’aux technologies liés à l’alimentation et la nutrition.

Toutefois, des menaces planent sur l’enseignement du design dans les écoles primaires du royaume britannique. Si la matière Design and Technology conserve son statut de matière obligatoire du tronc commun, le gouvernement, le corps éducatif et l’association Design and Technology, s’unissent aujourd’hui pour éviter qu’elle ne devienne une coquille vide par manque de moyens.

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