22 Fév Un précurseur de l’hôtel qui fait rêver, le Windsor à Nice
LE DESIGN À L’HÔTEL
LE WINDSOR
À NICE
Précurseur de l’hôtel qui fait rêver, le Windsor cache derrière sa façade surannée de véritables chambres d’artistes. Un esprit de réinvention qui gagne toute la grande hôtellerie d’aujourd’hui.

À quelques pas de la promenade des Anglais, derrière une haute bâtisse en pierre de taille, qui a conservé sa façade surannée du 19e siècle et son allure de pension de famille, se nichent des chambres créées par des artistes et designers contemporains : Glen Baxter, Ben, Jean Le Gac, Aïcha Hamu, Lily van der Stokker, Mathieu Mercier, François Morellet, Cécile Bart, Samta Benyahia, Jean Dupuy, Jeremy Griffaud, etc. Chacun a laissé libre cours à son imagination, avec pour seule contrainte que l’espace demeure celui d’une chambre d’hôtel. L’objectif principal : mettre l’art à la portée de tous. C’est pour en finir « avec les ampoules blafardes et les papiers peints sinistres » que Bernard Redolfi a voulu, il y a plus de trente ans, en reprenant l’hôtel exploité par ses parents depuis 1942, donner carte blanche à des artistes. Ainsi, depuis 1989, dans cette pension de famille, l’on dort dans de véritables « chambres d’artiste ».
Le déclic de l’art contemporain
Et pourtant, quand Bernard Redolfi a repris la pension de ses parents, rien ne le prédestinait à cette aventure, sinon l’envie de faire rêver. « L’art contemporain, je m’y intéressais, mais n’y comprenais rien », dit-il. Après quelques voyages au long cours, sans doute fasciné par ce qu’il a vu ici et là, il demande en 1977 à l’artiste niçois Antoine Baudoin, de peindre des fresques aux murs de certaines des chambres de la pension familiale.
Puis, après avoir suivi des cours à la Villa d’Arson, institution niçoise créée sous l’égide d’André Malraux, il participe en 1986 à un voyage d’art à Gand, en Belgique. « J’ai été séduit par une exposition itinérante de Jan Hoet, « Chambres d’amis » dans laquelle chaque propriétaire d’une maison, faisant partie du parcours de l’exposition, avait donné carte blanche à un artiste pour transformer une chambre »
Bernard Redolfi a le déclic. De retour à Nice, il imagine une chambre d’artiste dans chacun des hôtels de la ville. Personne ne répondant à sa proposition, il fera cavalier seul. Depuis 2004, sa nièce, Odile Payen-Redolfi, a repris les rênes du Windsor.
La première, la chambre 83
C’est l’année du bicentenaire de la Révolution française. Bernard Redolfi fait appel à l’imagination du plasticien français Joël Ducorroy. L’artiste, qui se définit lui-même comme un » plaquetitien « , ne va pas entonner un hymne au drapeau tricolore mais construire une composition de mots et de plaques métalliques et minéralogiques. Reprenant à la lettre l’injonction que le peintre Edouard Manet lançait « comme une critique – « il faut être de son temps et faire ce que l’on voit » , Joel Ducorroy s’amuse en effet à prendre tout ce qu’il voit et à le détourner, à nommer les objets plutôt qu’à les installer ou les décorer de façon traditionnelle. Aussi, au lieu d’accrocher des tableaux, il fixedes plaques d’immatriculation partout sur les murs et le mobilier de la chambre du Windor. Sur chaque plaque métallique, un mot est embouti en lettres capitales pour désigner ce qui l’entoure. Par exemple, « LE LIT », « LA CHAISE », « LA TABLE » ou encore « LA FENÊTRE ». Ainsi de suite, le concept se prolongeant jusque dans la pièce d’eau où les éléments de plomberie et les accessoires possèdent eux aussi leurs propres plaques minéralogiques nominatives.
La 33e chambre d’artiste, en 2021
Aujourd’hui, 33 chambres sont signées. La dernière est celle de l’artiste et sculpteur Nicolas Rubinstein. Inaugurée en mai 2021, elle a beau être la 33e, elle figure dans l’hôtel, au numéro 35 ! Un plafond étoilé comme une pensée à l’univers de l’écrivain-aviateur, Antoine de Saint-Exupéry et de son universel Petit Prince. Une carte géographique stylisée soulignant les liens de l’écrivain (et de l’artiste puisque Nicolas Rubinstein habitait Marseille) avec la Méditerranée et Nice, la boîte à secrets et son oeilleton au travers duquel on découvre de paisibles moutons qui paissent … Dessine-moi un mouton !
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