23 Sep Le Zippo
LA PETITE HISTOIRE D’UN OBJET
LE ZIPPO
Certains s’en souviennent ; d’autres pas. Mais rares sont ceux qui n’en ont jamais entendu parler.

Nous sommes le 11 mars 1984 sur le plateau de la célèbre émission de télévision 7 sur 7. On y reçoit les stars de l’époque et ce soir-là, l’invité est le compositeur-chanteur français, sans doute le plus doué de cette fin de siècle, je veux parler de Serge Gainsbourg. Que l’on appelle Gainsbarre !

Pas rasé depuis au moins 4 jours et gentiment aviné… sinon ce n’est pas Gainsbarre, il disserte toujours provocateur, sur les sujets les plus divers dont la pression fiscale dont il fait l’objet. 74 % de ses revenus au demeurant confortables, lui sont confisqués par le fisc… C’est alors que pour imager son propos, et devant l’animateur sidéré et un public de plus de 10 millions de téléspectateurs qui allaient crier au scandale, il extrait de sa poche une belle liasse de Pascal, la plus grosse coupure de billets de l’époque, à savoir un billet de 500 balles, en prend un dans une main et de l’autre sort son briquet et brûle en direct le billet presque en entier. Acte sacrilège resté dans l’histoire des médias. Si sacrilège qu’on en avait oublié l’objet du scandale : Le briquet qui allume le feu. Un briquet mythique : Le Zippo.
Gainsbarre n’est pas le seul inconditionnel du Zippo : en 1984, quand le chanteur sort le sien à la télé, il s’en est déjà vendu dans le monde, depuis sa création en 1936, près de 200 millions d’exemplaires : ça en fait des paquets de billets Pascal… Nous en sommes aujourd’hui à plus de 600 millions. Une folie « incendiaire » comme seule l’Amérique sait en générer.

Son inventeur ? Un certain Georges G. Blaisdell, GGB pour les intimes, propriétaire d’un club à Bradford en Pennsylvanie. L’histoire ? La voilà : un soir d’été du début des années 30’ sur la terrasse de son club, il converse avec un ami de retour d’un voyage en Europe. Et voilà que cet ami, pour lui allumer sa Camel, lui tend un encombrant briquet tempête à essence autrichien.
Ce soir-là, à 22 h 45, Georges est tellement séduit et bluffé qu’il décide de racheter aussitôt le brevet et crée dans la foulée un dénommé Hurricane, qui ne fera pas long feu. Un bide total.
Alors, Georges cogite. Et lui vient une idée de génie : celle de solidariser à l’aide d’une charnière le corps et le capuchon du briquet, avec l’inimitable clic de fermeture (qui fera le succès du Zippo). Le briquet relooké ne fait plus que 5 cm de hauteur et porte donc le nouveau nom de ZIPPO, en référence à la fameuse fermeture éclair zipp.
L’autre coup de génie
Il est personnalisable, bonjour la manne publicitaire, et cerise sur le gâteau, il est garanti à vie.
On est en 1936, et l’aventure promet d’être belle. Elle le sera. Et ça va vite, très vite. L’année suivante, il arrondit les bords de l’objet assez anguleux au départ.
En 1939 il crée une gamme personnalisée sport et un grand frère en or massif 14 carats. Et voilà, le Zippo prêt à partir en guerre… Il accompagnera les GI sur les plages de Normandie en 44 comme il les accompagnera au Vietnam, 20 ans plus tard.
Après-Guerre, c’est la consécration au cinéma ! Le Zippo apparait dans plus de 2000 films et séries télévisées. Les publicitaires aussi vont se bousculer sur le prestigieux boitier chromé, les marques de cigarettes en tête, mais aussi Lee Copper, Coca Cola, Jack Daniels et l’incontournable Harley. Même le prêt-à-porter du cuir français Chevignon se laissera tenter.
Phénomène de mode oblige, il a ses cohortes de fans dans le monde entier où naissent quantité de clubs de collectionneurs, qui assurent pas moins de 20 % des ventes. Les séries limitées atteignent des côtes faramineuses. Sur certains modèles, des codes inscrits sur le fond du briquet, seuls connus des initiés, indiquent l’année et même le mois de sa fabrication. Il s’en vend environ 80 000 par jour. C’est du délire ! Se propage alors une Zippo mania d’enfer !
Pour célébrer cet objet culte, il ne manquait évidemment qu’un musée. Il vous attend en face de l’usine. A Bradford, bien sûr. Là, on vous expliquera les différentes étapes de la fabrication du corps du Zippo à partir d’une grande bande de laiton et celle des charnières en acier inoxydables.
Vous y verrez comment les deux métaux sont soudés, émeulés et polis. Puis comment on fait le placage, comment les boitiers sont chauffés dans une solution de nickel qui agit comme une colle, avant d’être rincés cinq fois et d’être trempés pendant 4 minutes dans une autre solution chromée… Le tout à la cadence infernale de près de 3 500 pièces à l’heure ! On vous expliquera encore le façonnage de l’intérieur du briquet, quand la mèche, le silex et le système d’allumage sont insérés dans le boitier…
Ici, l’on fabrique 12 millions de briquets par an, on dispose de 400 possibilités de design et pas moins de 300 000 modèles.
Une folie ! Dans ce musée, les modèles les plus prestigieux vous feront de l’œil, c’est sûr, tel le full leather, et bien d’autres encore en argent ou en or massif, lisses ou guillochés et clou du « temple », la fameuse compression du sculpteur César.
Avec son ZIPPO, GGB a vraiment mis le feu à la planète.

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