23 Fév La chaise Bistrot
Les cafés, les établissements comme le liquide versé dans les tasses, sont des institutions de la vie viennoise. Reconnus comme tel par l’Unesco qui commente : « Les cafés sont un lieu où l’on consomme le temps et l’espace mais où seul le café figure sur la facture ». Des lieux magiques où l’on peut rester des heures avec un seul café, à s’asseoir là où Freud, Kafka, Wagner ou Zweig se sont assis. Et c’est précisément de s’asseoir dont nous allons parler : s’asseoir sur la chaise N°14 d’un certain Michael Thonet, communément appelée la chaise Bistrot.
Depuis 1819, cet ébéniste œuvre dans l’atelier de sa ville natale de Boppard. C’est un véritable designer avant l’heure, sortant dès 1830 des modèles en bois stratifiés courbés. En 1841, à la foire de Coblence, il ne passe pas inaperçu auprès d’influentes personnes de la cour impériale. Fort de ces appuis, Michael Thonet ferme son atelier et s’installe à Vienne en 1849 avec ses quatre fils.
Quelque dix ans plus tard, grâce à Anna Daum, propriétaire d’un café viennois, qui cherche une chaise pratique, élégante et peu encombrante, l’ébéniste Michael Thonet va en concevoir une, unique dans son genre, vendue à ce jour à plus de 50 millions d’exemplaires.
Comment s’y prend-il ? Pour rester dans un bon rapport qualité prix, il lance un nouveau concept : le kit ! Son produit est tellement simple que l’on peut le construire soi-même avec seulement 6 pièces de bois, 10 vis et 2 écrous. Le cintrage du hêtre blond ou de l’érable s’opère en étuve à vapeur pendant 20 à 30 minutes, puis il est plié en moins de 3 minutes dans des moules en fonte. A ce squelette s’ajoute une assise cannée en rotin.
L’optimisation avant l’heure
Cerise sur le gâteau, Thonet réalise une forte économie sur le transport : 36 chaises prennent ainsi place dans un véhicule d’un 1 m3. Une fois assemblée, la chaise a une hauteur de 84 cm et une assise à 46 cm.
A la mort de Michael en 1871, les points de vente fleurissent de par le monde, de New York à Moscou. A Paris, en 1892, le peintre Toulouse Lautrec l’immortalise dans sa toile Au Moulin Rouge. Aujourd’hui encore, on la trouve dans les cafés populaires. La prochaine fois que le personnel aura le dos tourné, soulevez discrètement votre chaise ; poinçonnée ou étiquetée, l’estampille de cette icône vintage vous révèlera l’âge de la belle dame sur laquelle vous savourez votre café viennois !


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